Les pirates du vivant : débat avec Guy Kastler

Guy Kastler pendant le débat

Compte rendu en images de la soirée consacrée au brevetage du vivant avec Guy Kastler et le film « les pirates du vivant » de Marie-Monique Robin.

Les vidéos publiées sur cette page sont également disponibles sur YouTube et Dailymotion.

Le film


Les Pirates du vivant
envoyé par crrav. – Court métrage, documentaire et bande annonce.

La soirée débute par la projection du film de Marie-Monique Robin, « les pirates du vivant« , qui enquête sur les dérives liés au brevets sur les végétaux.

Ce film nous mène aux quatre coins du monde pour explorer, exemples à l’appui, les conséquences de « la boîte de pandore des brevets sur le vivant« .

Guy Kastler

Catherine Chalom présente Guy Kastler, bien connu pour ses prises de positions sur ce sujet et membre actif de Nature & Progrès, du Réseau Semences Paysannes, des Amis de la Terre, de la Confédération Paysanne et faucheur volontaire.

Brevetage du vivant

Guy Kastler dresse un aperçu des problèmes de brevetage du vivant.

Au niveau mondial, les brevets sur le vivant ont été introduits au sommet de la terre de Rio en 1992.

Avant cela, il n’y avait pour ainsi dire pas de règles et les pays du nord se servaient en toute liberté dans l’énorme réservoir que constitue la biodiversité des pays du sud et les États-Unis ont vendu l’idée du brevetage du vivant aux pays du sud en leur expliquant que les brevets permettraient de discipliner tout cela et leur assureraient une source de revenus.

Au niveau européen (et donc français), il demeure impossible de breveter au sens strict du terme des espèces végétales et animales, mais ce n’est qu’une question de terminologie puisqu’il est possible d’obtenir des « certificats d’obtentions végétales » qui ont les caractéristiques de brevets tout en étant plus faciles à obtenir : il suffit d’être le premier à décrire une plante pour pouvoir obtenir ce certificat.

Les royalties sur ces certificats sont payés sous forme de « cotisations volontaires obligatoires » et les paysans doivent payer ces cotisations pour pouvoir continuer à cultiver des plantes même si elles étaient déjà cultivées par  leur père et leur grand père.

On peut aussi breveter les principes actifs d’une plante et bloquer l’utilisation des plantes contenant un principe actif breveté comme le montre le cas du neem (ou margousier) également évoqué dans le film.

Le projet est clair

Pour contourner cette absence de brevets sur les organismes vivants en Europe, on peut également breveter les procédés de sélection et l’association entre un gène et une fonction (ce qui permet de protéger la propriété intellectuelle sur les OGMs).

Un brevet sur un gène associé à une propriété s’étend à tous les organismes dans lequel le gène est présent, ce qui est particulièrement choquant dans les cas de contaminations OGM.

On peut craindre que cette « protection » ne s’étende à des plantes dans lesquelles un gène breveté est présent de manière naturelle même si les procès sur le chou brocoli et la tomate ridée semblent écarter cette menace.

Le catalogue officiel des espèces et variétés végétales complète le dispositif en interdisant l’utilisation commerciale des espèces traditionnelles et en obligeant donc à utiliser des espèces faisant l’objet de certificats d’obtention ou de brevets indirects.

Le marché de compensation de la biodiversité décidé lors de la conférence de Nagoya risque d’aggraver le tout : il est calqué sur le marché du carbone dont on connait maintenant les effets pervers et, tout comme le marché du carbone permet d’émettre autant de CO2 que l’on veut à condition de payer, il permettra payer pour pour pouvoir détruire la biodiversité.

Le projet sous-jacent est clair : il s’agit de remplacer les plantes naturelles par des plantes artificielles !

OGM et OGM

La première question portant sur les OGMs, Guy Kastler revient sur la définition des OGMs et rappelle comment on fabrique une plante transgénique.

Il explique que ce n’est pas la seule manière de modifier le patrimoine génétique d’une plante et que nous produisons des plantes génétiquement modifiées depuis les années 50 :

Ces techniques que l’ont pourrait qualifier d’OGMs de première génération sont largement utilisées (toutes les variétés de colza actuellement sur le marché sont issues de fusion cellulaire) et ne sont soumises à aucune règlementation ou étiquetage particuliers.

Il n’y a pas d’éléments permettant de dire si les OGMs (de première ou deuxième génération) sont intrinsèquement mauvais, mais il s’agit de plantes ayant subi un stress important et dont les génomes ont été modifiés d’une manière artificielle sans que nous ne puissions évaluer les conséquences de ces modifications.

Que faire?

Que pouvons-nous faire?

À cette question un peu angoissée, Guy Kastler donne l’exemple du Réseau Semences Paysannes.

Leur cause semblait perdue d’avance puisqu’il est interdit d’échanger des semences non inscrites au catalogue officiel et les contrôles de la DGCCRF ne se sont pas fait attendre. Au passage, il remarque que l’administration manquant de spécialistes du domaine, ces contrôles sont effectués par… des salariés des semenciers eux mêmes!

Le réseau a remarqué (et fait remarquer) qu’ils ne sont pas les seuls à échanger des semences non inscrites au catalogue officiel : les semenciers font de même pour se procurer les semences dont sont issues les nouvelles variétés qu’ils font inscrire au catalogue officiel.

Ce n’est donc pas l’échange de semences non inscrites qui est interdit en tant que tel, mais l’échange de ces semences à but commercial et l’échange peut être pratiqué entre particuliers ou jardiniers pour une consommation familiale.

A travers cet exemple, il nous incite à résister en contestant les fausses vérités et surtout en ne se laissant pas intimider (« ils ne sont puissants que si on a peur »).

Une des formes de résistances est bien entendu de cultiver son jardin (ou son balcon) ce qui est possible même à Paris.

Les brevets ne font plus l’unanimité

À une nouvelle question sur les brevets, Guy Kastler rappelle que les brevets ne peuvent porter que sur des inventions et non sur des découvertes.

Paradoxalement, certains semenciers sont maintenant partisans d’une limitation de la portée des brevets. Les brevets associés aux végétaux sont maintenant si nombreux que le risque d’en enfreindre un sans le savoir lorsque l’on sélectionne une nouvelle variété devient significatif.

La situation est bien pire aux États-Unis où les brevets détenus par Monsanto sont devenus un passage obligé et une entreprise comme Limagrain paie 50% de son chiffre d’affaires aux États-Unis à Monsanto sous forme de licences.

Face à ce phénomène, plusieurs gouvernements européens sont maintenant favorables à une réforme du système des brevets.

Le retour à la terre

Que faire face à cette nouvelle forme de colonisation?

Pour répondre à cette question, Guy Kastler donne un nouvel exemple : celui de Percy Schmeiser, un cultivateur canadien dont les champs de colza ont été contaminés par du colza OGM de Monsanto.

Après avoir perdu le procès que Monsanto lui avait intenté, Percy Schmeiser est devenu un symbole de la lutte contre le brevetage du vivant.

Il a obtenu une revanche symbolique en demandant à Monsanto de retirer le colza contaminé (réputé être la propriété de Monsanto) de ses champs et en intentant un procès à la compagnie qui n’avait pas répondu à ses demandes.

Guy Kastler conclu en appellant une nouvelle fois à ne pas avoir peur et à cultiver son jardin.

Si ce n’est déjà fait, faites votre retour à la terre, c’est possible même à Paris!

Photos