Greffe en couronne

Pour sauvegarder des variétés anciennes d’arbres fruitiers, le greffage est un moyen incontournable. Dans nos vergers, nous pratiquons la greffe en couronne sur nos pommiers et nos poiriers : cette technique est aussi simple qu’efficace!

Trois semaines plus tard, les bourgeons commencent à pousser

Qu’est ce qu’une greffe?

En horticulture et arboriculture, le greffage est une opération qui consiste à implanter dans les tissus d‘une plante un bourgeon ou un fragment quelconque, prélevé sur une autre plante ou de la même plante, pour que celui-ci continue à croître en faisant corps avec la première. La greffe est le résultat de cette opération.

Source : Wikipédia.

Quand le greffon se développe, il reproduit par division des cellules qui ont le même patrimoine génétique que lui. Le greffage permet donc de reproduire à l’identique les branches sur lesquelles on a prélevé le greffon.

Lorsque j’insère un greffon de Granny Smith, les branches qui se développent sont identiques à celles qui ont poussé dans le jardin de de Maria Ann Smith à son arrivée en Australie en 1855!

Forte de son succès commercial, la Granny Smith a peu de chance de disparaître. Ce n’est pas le cas de variétés anciennes qui sont parfois cultivées et décrites depuis le douzième siècle.

Le greffage permet de les reproduire à l’identique et elles ne disparaîtront que si on les oublie au point de ne plus les greffer.

Le greffage est en quelque sorte une méthode de clonage à la portée de tout jardinier!

Pour greffer nos pommiers et nos poiriers, nous utilisons la greffe en couronne suivant une méthode adaptée par Denis-Jacques Chevalier pour multiplier les zones de contact entre le cambium du porte greffe et celui du greffon.

Cette méthode est plus facile à réaliser que la trop classique greffe en fente et elle est également moins traumatisante pour le porte greffe que l’on ne fend pas.

Rameaux greffons

Lors de la greffe, les rameaux greffons devront être à un stade hivernal où leurs bourgeons ne se seront pas encore développés.

Il faut donc les prélever en hiver, idéalement au mois de janvier et les conserver au frais et à l’abri de la lumière pour qu’ils restent à ce stade végétatif.

On les conserve traditionnellement dans du sable dans une tranchée exposée au nord. Depuis plusieurs années, nous les conservons au réfrigérateur entourés de papier humide et dans un sac plastique. Cette méthode donne de bon résultat à condition de bien doser le degré d’humidité dans le sac (il ne faut pas que les rameaux se dessèchent mais trop d’humidité les fait moisir).

Période de greffage

Le choix de la période du greffage est essentiel : la végétation doit avoir repris et les arbres doivent être en fleurs. En Normandie, il ne faut pas greffer les pommiers avant la fin du mois d’avril et les poiriers avant début avril.

La cire ou le mastic

La greffe doit être protégée pour éviter que la pluie ne s’infiltre dans la blessure. Abondante et facile à trouver, l’argile a été largement utilisée pour cela jusque dans les années 60. Elle a depuis été remplacée par des cires ou mastics à greffer dont le plus utilisé en Agriculture Biologique est  le mastic à greffer à chaud Marbella.

Dans nos vergers, j’obtiens de bons résultats avec de la cire d’abeille utilisée à une température où elle a une consistance de pâte à modeler. Elle durcit alors rapidement après application et maintient fermement le greffon en position.

Protection contre les oiseaux

Les jeunes greffons sont des perchoirs bien tentants pour les oiseaux. Il faut donc impérativement protéger les greffes pour éviter qu’elles ne soient arrachées tant qu’elles ne supportent pas le poids des oiseaux dont certains peuvent être lourds… Je n’ai compris l’ampleur des dégâts sur mes première greffes qu’en voyant une buse variable de bonne taille se poser dessus!

Il existe de nombreuses techniques, mais deux bambous maintenus verticaux suffisent dans nos vergers à rendre les greffes moins confortables pendant leurs premiers mois.

Le greffage

  • Couper le tronc du porte greffe à la hauteur souhaitée.
  • Couper le greffon : conserver 4 à 5cm pour le biseau et 3 ou 4 bourgeons.
  • Tailler le greffon en biseau.
  • Fendre verticalement l’écorce du porte greffe.
  • Glisser le biseau du greffon sous l’écorce du porte greffe.
  • Appliquer la cire ou le mastic pour le maintenir en place (le mastic ne doit pas s’insérer sous l’écorce où il empêcherait le contact entre les cambium du greffon et du porte greffe).
  • Recommencer une ou deux fois pour multiplier vos chances de succès.
  • Appliquer plus de cire pour couvrir la plaie.
  • Couvrir également de cire les extrémités des greffons pour éviter qu’ils ne se dessèchent.
  • Protéger les greffes contre les oiseaux.
  • Attendre impatiemment le débourrage des bourgeons qui montrera que la greffe a pris mais n’intervient pas avant trois semaines!
  • A la fin de l’hiver suivant : garder le plus beau greffon sur chaque greffe et le tailler. Par précaution, on peut également garder un deuxième greffon taillé très court pendant quelque temps pour qu’il puisse remplacer le greffon principal s’il lui arrivait malheur.