Semis chanceux

La plupart des pommes que nous apprécions aujourd’hui sont issues de « semis chanceux ». Pourquoi ne pas tenter votre chance, vous aussi, et créer des pommes que personne n’a encore jamais goûtées ?

Ce petit pommier pourra vivre jusqu'à 300 ans. S'il est greffé, son espérance de vie sera divisée par quatre.

Le greffage est un moyen fabuleux de préserver les variétés sélectionnées par les générations qui nous ont précédés.

Ce n’en est pas moins une forme de clonage qui réduit dramatiquement la diversité génétique!

Le nombre de variétés de pommiers répertoriées par les amateurs se compte en milliers. C’est beaucoup plus que le nombre de variétés que vous trouverez en grandes surfaces, mais c’est ridiculement peu pour un être vivant qui se reproduit de manière sexuée et dont le nombre de combinaisons génétiques est pratiquement infini.

Retraité de l’INRA, Jean-Marie Lespinasse travaille maintenant au Conservatoire végétal régional d’Aquitaine.

Nous avons eu la chance de l’avoir pour guide lors d’un stage sur les vergers organisé par Agro Bio 47 et il a pris plaisir à évoquer son enfance.

Il y avait alors beaucoup de pommiers dans les haies. Les semis naturels de pommiers étaient très fréquents. On laissait pousser les jeunes pommiers jusqu’à ce qu’ils donnent leurs premiers fruits : s’ils étaient jugés intéressants on avait découvert une nouvelle variété de pomme, sinon il était tout juste temps d’utiliser l’arbre comme porte greffe et d’y greffer une autre variété.

C’est un pari dans lequel on gagne donc à tous les coups et la grande majorité des variétés anciennes est née ainsi.

Contrairement aux variétés anciennes de légumes, les variétés de pommiers ne sont pas fixées génétiquement : le greffage a permis de les perpétuer sans avoir besoin de fixer les variétés et les semis produisent donc toujours des hybrides.

  • Le génome des pommiers contient un dispositif d’auto-incompatibilité empêchant les fleurs d’un même pommier de se féconder entre elles.
  • Ce dispositif n’est pas très sélectif et bloque le croisement de pommiers ayant des caractéristiques trop proches.
  • Il rendrait difficile voire impossible la fixation génétique de variétés de pommiers mais à l’inverse, c’est un gage de grande diversité entre les pommiers.

Au conservatoire végétal, Jean-Marie Lespinasse travaille sur la sélection de nouvelles variétés de pommiers et il nous a également fait visiter ses plantations.

Beaucoup de variétés anciennes présentent des qualités intéressantes notamment en terme de résistance aux maladies mais leur aspect, leur consistance ou leur goût sont souvent jugés peu compatibles avec les exigences de l’agriculture actuelle, des circuits de distribution ou des attentes des consommateurs.

Jean-Marie Lespinasse cherche donc à croiser des variétés, anciennes ou modernes pour allier des caractéristiques intéressantes pour les arboriculteurs, notamment en Agriculture Biologique où la résistance aux maladies est un critère essentiel.

C’est la même approche qui a permis d’obtenir beaucoup de variétés modernes dont certaines fréquentent parfois nos rayons (topaz, rubinola, …).

Pour tenter votre chance à ce pari où l’on « gagne à tous les coups », il n’est pas nécessaire d’avoir une approche aussi scientifique : il suffit de planter des pépins de pomme et de regarder grandir vos jeunes pommiers !

Et peut-être aurez vous la chance de découvrir des variétés intéressantes comme la pomme rose et sucrée à laquelle Georges Toutain a donné le nom de sa femme : Colette !