« Le Retour à la Terre » : l’alliance du plaisir et de l’engagement

« Le Retour à la Terre » : l’alliance du plaisir et de l’engagement

En août 2008, Catherine Chalom ouvrait les portes de son magasin bio « Le Retour à la Terre ». Sa démarche : rendre le bio accessible au plus grand nombre, promouvoir les petits producteurs locaux et faire découvrir des produits oubliés. Quand le plaisir des sens s’allie au respect de l’Homme et de l’environnement, le succès est au rendez-vous.

Mangues sauvages, soupes de feuilles de moutarde, navets jaunes, pommes transparentes de Croncels, flan de potimarron, miels rares, camembert au lait de brebis, bar à vrac de céréales, fruits et légumes secs, riz, pâtes, biscuits, semences de brocolis, de roquette, de seigle… La biodiversité est à l’honneur dans le magasin de Catherine Chalom « Le Retour à la Terre », situé dans le 11e arrondissement de Paris. Ouvert en août 2008, « Le Retour à la Terre » n’est pas un magasin Biocoop comme les autres. Catherine Chalom a conçu ce lieu de 300m² pour que les courses redeviennent un moment de plaisir. Mais elle a souhaité mener une démarche plus globale encore, en rendant accessibles à chacun d’entre nous les produits biologiques, en faisant découvrir des fruits et légumes oubliés, en soutenant les petits producteurs. Et le succès est au rendez-vous, puisque « le chiffre d’affaires est nettement supérieur aux prévisions », confie tout sourire la responsable. Pourtant personne n’aurait pu dire, dix ans plus tôt, que cette mère de quatre enfants, diplômée de Centrale Paris et ancienne cadre chez Renault, tiendrait un magasin bio.

Son retour à la terre
Tout a commencé un jour de vacances à la campagne. « Alors qu’un de mes enfants s’extasiait devant une vache, je me suis aperçue, que nous les élevions « hors-sol », raconte Catherine Chalom. « Ça n’allait pas du tout. Alors rapidement, nous avons acheté une une vieille ferme en mauvais état, mais avec un grand terrain, en Normandie, pour y passer vacances et week-end. On a commencé à faire notre potager, et à planter des arbres fruitiers. » Au début Catherine et son mari, expert informatique mais aussi apiculteur amateur, plantaient des arbres classiques pour ensuite s’intéresser à des variétés plus rares. « On a commencé à devenir des amateurs plus éclairés. » Professionnellement, Catherine a travaillé près de 25 années au sein de groupes internationaux, et notamment chez Renault. Alors qu’elle approche la cinquantaine, elle constate que sa carrière au sein du groupe automobile piétine. « Je travaillais comme une dératée, j’attendais donc une reconnaissance en termes de carrière. Mais, j’ai compris que rares sont les femmes qui deviennent directeurs… Et comme je ne suis pas vraiment du style à rester les deux pieds dans le même sabot, j’ai tiré la sonnette d’alarme ! Et nous nous sommes séparés, Renault et moi. »
Très engagée dans le développement durable, adhérente de nombreuses associations pour la défense de l’environnement et le développement de l’agriculture biologique, Catherine a alors pour ambition de « faire quelque chose dans un domaine qui améliore la condition de l’Homme et de l’environnement ». Après avoir rencontré des personnes de chez Biocoop, qui lui expliquent leur engagement éthique, leur charte, leur soutien à l’agriculture biologique et leur engagement social, Catherine est emballée. « Avant cet échange, j’imaginais les magasins Biocoop comme des supermarchés, certes bio mais des supermarchés quand même. Et je ne me voyais pas en tenir un ! » Mais en août 2008, Catherine passe le pas.

Rendre le bio accessible
Comble du comble, c’est dans une ancienne station service qu’elle ouvre les portes de son magasin, à deux pas de la place de la Nation ! Un magasin qu’elle a voulu grand, ludique et lumineux, cassant l’image que les gens peuvent avoir des magasins spécialisés dans le bio. « J’ai voulu jouer sur la lumière, et que l’on puisse voir l’intérieur du magasin de l’extérieur. Un grand nombre de magasins de bio sont opaques, et mettent en vitrine des compléments alimentaires… On n’a pas tous le même positionnement, le mien est très alimentaire, c’est pour ça que je mets les fruits et légumes en avant. »Et le choix est large au « Retour à la Terre », parce qu’en plus des fruits et légumes de saison, et des fruits de sa propre production (pommes, prunes, noix, etc.) certifiés bio et Nature & Progrès, Catherine fait la part belle aux produits oubliés et rares provenant de petits producteurs, qu’elle connaît bien maintenant : « vous en connaissez beaucoup des gérants de magasins qui font la bise à leurs producteurs ! » s’amuse-t-elle. Avec une politique de prix différente – les marges sont moins importantes que chez la concurrence en particulier sur les fruits et légumes et le vrac–, Catherine rend accessible le bio, mais elle aime aussi à rappeler que «certaines personnes disent que le bio est très cher alors qu’ils vont par exemple acheter dans une superette une salade sous vide déjà lavée. Au prix au kilo, la salade est finalement beaucoup plus chère que chez moi ! » Ainsi Catherine prône un changement dans nos habitudes de consommation. « Si on veut manger bio à budget égal, il faut cuisiner plus, manger moins de viande, plus de céréales et de légumineuses qui vous apportent des protéines végétales sans polluer la planète. Parce que, pour une calorie de viande, il faut 6 à 8 calories de céréales, et ce n’est pas bon pour la santé, notamment en terme de surcharge pondérale. Il faut réapprendre à manger. »

Une démarche sociale
Si l’engagement environnemental de Catherine est incontestable, l’aspect social tient une place très importante dans sa démarche. « En tant que militante de gauche, je suis très soucieuse de l’emploi, et aujourd’hui, on crée de l’emploi direct en magasin, on crée des emplois chez les producteurs, chez les transformateurs, et compte tenu de notre politique d’achat qui privilégie la proximité on relocalise l’économie. » Ainsi, le retour à la terre est un lieu où il fait bon travailler puisque Catherine favorise notamment l’achat de produits bio pour le personnel en leur faisant une grosse remise, « parce que le personnel ne peut pas favoriser l’achat de bio si lui-même n’a pas les moyens de se payer du bio… ça fait partie d’une éthique » précise-t-elle. Et Catherine choisit les producteurs avec lesquels elle souhaite travailler : « Je choisi de référencer des gens de qualité comme Kokopelli, une association pour la défense des semences anciennes, ou encore La ferme de sainte Marthe, parce que Philippe Desbrosses travaille pour la défense de la biodiversité. Ce sont des gens que j’apprécie pour leurs valeurs humaines. »

« Le Retour à la Terre », c’est aussi un lieu de vie et d’échange. Régulièrement Catherine organise des rencontres dégustations avec les producteurs, des dédicaces, des conférences, des projections… pour sensibiliser, mais aussi pour recréer du lien social, donner vie au quartier… Et ça marche ! Que pourrait-on lui souhaiter pour les années à venir ? « D’en ouvrir un deuxième ! Mais si les clients aiment le magasin, c’est aussi à eux de m’aider pour en ouvrir un autre, c’est un échange ! » A bon entendeur…

Marie Ernoult

Le Retour à la Terre
114 avenue Philippe Auguste
75011 Paris
Horaires : Du lundi au vendredi de 10h à 14h et de 15h30 à 20h.
Le samedi de 10h à 20h.
Tel. 01 44 93 81 81
www.leretouralaterre.fr