Catherine Chalom Objectif terre

Elle était cadre dans l’industrie. C’est fini. Entre la Normandie et Paris, elle bine et elle récolte

Il ne lui manque que le mouton. En quelques années, Catherine Chalom, 49 ans, est passée du statut d’urbaine pressée à celui de paysanne intello. Dans les années 1990, elle est Parisienne, et cadre dans l’industrie automobile. Centralienne, mariée à un consultant informatique, mère de quatre enfants. Pour se changer les idées à l’heure du déjeuner, elle va au centre commercial qui jouxte son bureau à Noisy-le-Grand : «Je me souviens de l’ouverture du Nature & Découvertes On y entendait le chant des oiseaux.» En 1994, en vacances en gîte rural, leur petite Sarah s’étonne : «Oh, une vache !» Il n’en fallait pas plus pour amorcer ce que Catherine Chalom appelle son «retour à la terre». L’expression, titre d’une célèbre bande dessinée de Manu Larcenet, est aussi le nom qu’elle a donné à son magasin Biocoop ouvert récemment dans l’est de Paris. Elle y vend les fruits et légumes anciens et bio de son propre jardin.
Entre-temps, elle a acheté avec son mari une vieille maison en Normandie et planté tout ce qui poussait dans cette terre lourde : rosiers, rhododendrons, jonquilles, tomates, mais aussi cassis, groseilles, framboises. Surtout, sur plus de 6 hectares, un verger a vu le jour avec une cinquantaine de variétés de pommes, autant de poiriers, pruniers, cerisiers, noyers, arbousiers. Au départ, les plants n’étaient pas bio. Mais depuis trois ans qu’elle les soigne au compost et au purin d’ortie maison, ses arbres le sont devenus. Tout comme la mini-exploitation qui occupe sa terrasse parisienne du 15e arrondissement. Une sorte de «pouponnière» où les arbres commencent leur croissance avant de partir pour la Normandie.
«J’ai été élevée à moitié à Paris et à moitié dans la Sarthe où il y avait 3 hectares de potager. Nous étions quasiment autonomes.» Fille de paysans ? Non. D’un antiquaire décorateur spécialisé dans le XVIIIe siècle, garçon de ferme pendant la guerre et du genre à prendre «sa grosse américaine pour aller ramasser du crottin de cheval sur les routes». Par ces temps de crise, elle ne peut s’empêcher d’y penser. «Il faut dire à tous ces urbains à la dèche qui vivent dans des clapiers à lapin qu’avec un lopin de terre, ils pourraient vivre correctement. Et il y a tellement de communes qui se plaignent d’avoir des terres à l’abandon.» Ca vous parle ?

www. leretouralaterre fr
http ://catherinechalom-fersen.com
A lire :
«La Vérité sur le jardinage biologique. Avantages, inconvénients et les meilleurs choix pour vous», de Jeff Gillman, Le Rouergue. 16 Euros..
– Tous les livres des remarquables Editions Terre Vivante. www.terrevivante.org
– Les conseils en «agroécologie» de Pierre Rahbi, le pionnier. www.terre-humanismeorg

Morgane Bertrand
Le Nouvel Observateur Nº2316
SEMAINE DU JEUDI 26 Mars 2009