Catherine, responsable du Retour à la Terre

Catherine, responsable du Retour à la Terre

Après des études d’ingénieur, Catherine entre dans la vie active dans un cabinet de conseil en stratégie. Par la suite, elle effectue un passage en coup de vent au département bourse d’une banque. Enfin, elle entre dans le groupe Renault où elle a une carrière très variée (contrôle de gestion, marketing, ressources humaines,…) pendant 19 ans. Après un parcours prometteur de cadre, elle choisit pourtant de tout quitter pour mettre l’Homme et l’environnement au coeur de son activité. Retour sur une éco-entrepreneur qui retrousse ses manches au quotidien !


Revenir aux goûts de l’enfance

Jusqu’alors, Catherine était urbaine : « Je vivais à Paris, dans un « cube » ». Mais pour sa famille avec quatre enfants qui grandissent, le manque d’espace et de nature est pesant. Se rappelant du bonheur éprouvé dans son enfance, lors de week-ends dans un vieux moulin à eau dans la Sarthe, elle achète, en 1994, une ferme de près de deux hectares près de Pont Audemer. La campagne, c’est sa madeleine de Proust à elle.

Elle se souvient qu’enfant, elle côtoyait de près des poules picorant gaiement, des chèvres sautillantes, des lapins soyeux et mangeait de beaux et bons fruits et légumes. « Les carottes, je les déterrais à la main, je les passais sous l’eau et je les mangeais comme ça ». Ils étaient bio avant l’heure.
Dans sa nouvelle ferme normande, au Hameau Morel, elle cultive un potager, elle plante des arbres fruitiers traditionnels et enchaîne avec des variétés plus originales.

Parallèlement, à un tournant de sa carrière, elle fait un bilan professionnel. Il en ressort qu’elle souhaite avant tout « contribuer à l’amélioration de la condition de l’Homme et de l’Environnement ».
Des contacts lui conseillent de créer son entreprise et son mari lui suggère même d’ouvrir une Biocoop, puisqu’ils sont clients quotidiens de cette enseigne. « Je ne me voyais pas créer une entreprise. Je me trouvais trop… tout : trop inexpérimentée, trop vieille, trop occupée avec ma famille nombreuse… »

Lors d’une rencontre HEC au féminin, elle entend Rachel Liu : c’est la révélation. « J’ai vraiment été bluffée et séduite par le discours de Rachel ». Celle-ci explique qu’en dépit d’une forte demande pour des jeans, elle a refusé d’en proposer tant qu’Ideo n’a pas été en capacité d’en produire et en coton bio et en commerce équitable, l’opportunité commerciale ne devant pas conduire à renier ses engagements. Catherine le sent, le temps est venu pour elle de se lancer dans un entreprenariat « porteur de sens ».

En 2007, elle se lance et loue une station service désaffectée, au 114 avenue Philippe Auguste dans le 11ème arrondissement de Paris. Dans le but de proposer une grande variété de fruits, si difficile à trouver en bio, Catherine achète même un deuxième terrain de plus de 4 hectares, « La Côte au Chien », prairie où sa famille l’aide à planter près de 150 arbres fruitiers. Parallèlement, les travaux permettent de transformer la station service en un lumineux magasin de 300 m2, et le Retour à la Terre ouvre enfin ses portes le 20 août 2008.

Le bio pour tous !

Catherine veut démocratiser le bio afin qu’il soit accessible à tous. Son objectif ? Que les prix des produits de base comme les pâtes ou le riz, les pommes ou les oranges, soient proches en bio des prix en conventionnel ; pour ce faire, elle achète en gros et comprime les marges. Son magasin se distingue par sa fontaine à eau dynamisée, sa cave à vin, son « bar à vrac » célèbre dans tout Paris, son rayon traiteur, son coin jardinage et aussi… sa fontaine à chocolat qui vous accueille dès l’entrée. Du bio pour tous les goûts et pour tous, petits et grands !

La Biocoop valorise les variétés anciennes de fruits qui proviennent des vergers de la Côte au Chien et du hameau Morel, vergers qui obtiennent leur mention Nature & Progrès en 2008. Le magasin rassemble les fruits et légumes de notre enfance, y compris ceux que préparait notre grand-mère. Finalement, cette responsable de Biocoop va au-delà du simple maintien de la biodiversité, elle la développe !

Elle propose en magasin la production d’agriculteurs proches de ses fermes (cidre, jus de pomme…). Marquée par l’engagement d’Ideo sur ses valeurs, elle souhaite faire de même. « Je souhaite que les personnes qui travaillent pour mon magasin soient porteuses du projet bio, en étant elles même consommatrices convaincues». Elle valorise auprès des clients les emplois en magasin et auprès des producteurs que leurs achats ont permis de créer. Elle prend également l’initiative d’inviter la campagne à la ville et rapproche le monde agricole et les urbains par le biais de conférences, débats, dédicaces, etc. Elle a par exemple organisé une projection privée du film « Nos enfants nous accuseront » afin d’informer le plus grand nombre et faire réagir sur les dangers de l’agriculture industrielle.

Responsabilité politique

L’engagement de Catherine est très fort et s’applique à tous les domaines de sa vie, y compris la politique. « Verser une subvention, c’est un acte politique. C’est une aberration de subventionner des producteurs de maïs dans des régions où on manque déjà d’eau, alors qu’il n’y a pas de soutien pour les maraîchers et des arboriculteurs ; consommer en conventionnel c’est encourager les agriculteurs à utiliser des produits dangereux pour leur santé : il y a une responsabilité sociétale. On doit s’engager au niveau individuel et au niveau politique. »

Après autant de chantiers finalisés, Catherine n’est toujours pas prête à se reposer. Faire des émules, s’engager et le faire savoir, ouvrir une deuxième boutique à Paris, tels sont les projets futurs qui bouillonnent déjà dans sa tête. « La parole peut faire changer les consciences, il faut s’engager et le dire. Le bouche-à-oreille est un bon moyen de faire bouger les choses. Les encouragements de nos clients sont un extraordinaire facteur de motivation pour en faire encore plus ».

Source : Moïra Koffi Ideo – Greenmix